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mardi 6 août 2019

Du Latin et du Grec ancien, aujourd’hui.

Il y a quelques temps, une polémique agita le gigantesque microcosme de l’Éducation Nationale : fallait-il supprimer l’enseignement des Lettres Classiques ?

Les un.e.s, sous prétexte de généraliser le droit à l’apprentissage du Latin et du Grec, proposaient de saupoudrer les heures consacrées à cet enseignement dans des dispositifs transverses (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires) et dans des cours de culture générale.

Les autres défendaient, bec et ongles, un enseignement quasi consubstantiel de notre laïcité méritocratique.

Ce débat, heureusement apaisé et réglé plutôt en faveur des autres, a pu faire penser à la querelle des Anciens et des Modernes. Cette polémique typiquement française, intellectuelle et politique s’est réglée sans grands vainqueurs. Elle a surtout montré que les Anciens ont été « révolutionnaires » en leur temps et que les Modernes voulaient essentiellement adapter l’antique au temps présent.

Ne serait-il pas possible, aujourd’hui de retrouver, sur le sujet de l’enseignement du Grec et du Latin, cette forme d’armistice constructif ?

J’aimerais, modestement, témoigner que l’apprentissage des « Langues Mortes » est un passeport unique pour comprendre l’humanité éternelle, apprendre à être sage et heureux, transmettre un message honnête et convaincant.

Dans mes jeunes années, j’ai choisi, pour des motifs à la fois sentimentaux et élitistes, de faire de Cicéron et Démosthène, Virgile et Homère, Auguste et Périclès, Lucrèce et Aristote, mes compagnons pour la vie.

Rien ne me prédisposait à ce genre d’études, au contraire. Issu d’un milieu modeste d’artisans provinciaux, je n’avais pas besoin de remonter très haut dans mon arbre généalogique pour y trouver des paysans voire des journaliers.

Il se trouve, pourtant, que la sœur d’une cousine de ma mère (sic) me fut donnée comme marraine, ce qui décida de mon destin universitaire. La cousine en question et son mari avaient, au titre de la Coopération, enseigné les Lettres Classiques dans une ancienne colonie française d’Afrique noire.

Enseignants « de gauche » (que l’on excuse le pléonasme), ce service civique avant la lettre était pour eux, sans doute, une forme de repentance ; mais à l’époque je n’y voyais qu’un exotisme, particulièrement séduisant pour un enfant, quasi unique, rêveur mais doté de quelques capacités intellectuelles.

J’ai encore du mal à comprendre pourquoi mes parents qui, loin d’être incultes ne fréquentaient pourtant pas beaucoup d’hellénistes, ont accepté que je choisisse le Latin en 6ème puis le Grec en 4ème (tel était le parcours à mon époque) aussi favorablement qu’ils avaient accepté, un peu plus tôt, que je rejoigne les Scouts de France, alors qu’une bonne moitié de mes ascendants vivaient dans la nostalgie de la Commune de Paris.

Peut-être la raison de cette généreuse ouverture d’esprit se trouve-t-elle dans la confiance que les Français, dans cette période qu’on appela plus tard les « 30 glorieuses », accordaient à l’ascenseur social.

Pour ma part, le choix de ce cursus original, ne tenait pas seulement d’un romantisme latent puisque, à l’époque, je n’avais pas encore lu Le grand Meaulnes. J’y trouvais également le moyen d’assouvir l’une des composantes essentielles de ma personnalité, l’élitisme un mot que j’ai toujours associé à Élysée. Je parle, bien entendu, de la quatrième division des Enfers.

Telle est, en effet, la première raison pour laquelle je ne remercierai jamais assez mes parents ou le hasard de m’avoir permis d’étudier le Latin et le Grec : l’étymologie.

Je ne parle pas ici de cette capacité spontanée et pourtant désormais si rare de savoir à peu près correctement écrire français. Je ne souhaite pas rallumer un autre débat, celui qui porte sur l’orthographe (quel joli mot : écriture correcte) : notre langue est belle mais elle est compliquée et, parfois, hypocrite ; la linguistique n’échappe pas à une loi universelle, celle du moindre effort. Si demain (ce que je ne souhaite pas), nous adoptons le patois SMS, il sera justement d’autant plus important de se souvenir du parcours historique des mots que nous utiliserons.

Mais l’étymologie n’est pas pour moi (ou pas uniquement) le moyen de connaître l’origine du mot hypocrite pour l’employer à bon escient. Ce côté archéologue du savoir est trop présomptueux pour être convaincant pour le PROFANUM VULGUS (que je ne déteste pas, d’ailleurs).

L’étymologie (c’est à dire, étymologiquement, la science de la vérité) est surtout, pour le latiniste et l’helléniste, l’extraordinaire moyen de fréquenter les indo-européens et, au-delà, l’humanité tout entière. La découverte de l’unité linguistique entre les Indiens, les Iraniens, les Celtes, les Germains, les Baltes, les Slaves, les Arméniens, les Albanais et, bien sûr, les Grecs, les Romains et leurs descendants directs ou indirects, conduit forcément à s’intéresser aux autres langues, aux autres peuples, aux autres cultures. Savoir que, souvent, le même mot (aux modifications locales près) désigne le même objet, le même être vivant, la même idée pour plus de la moitié des habitants de la Terre est tout simplement enthousiasmant.

Plonger aux racines linguistiques et culturelles du Latin et du Grec conduit inévitablement à considérer l’homme (anthropos) comme différent et pourtant unique et universel.

De là à philosopher, il n’y a qu’un pas. Or, comme aurait dit Pascal (peut-être…) après l’infiniment lointain, considérons l’infiniment proche. Sans Lucrèce point de Montaigne, sans Montaigne point de Descartes, sans Descartes point de Spinoza et sans Spinoza… point de Comte-Sponville.

Nous retrouvons ici la possibilité de moderniser l’antique : les philosophes de l’Antiquité ont tout découvert de la nature humaine (mais aussi, de la nature des choses, ce qui est encore plus troublant) mais ils ont surtout passé le relais à ceux qui, depuis le début de notre ère, ont vérifié, validé, complété (et corrigé) leurs intuitions. Sans Épicure point d’Einstein, sans Platon point de Freud, sans Sapiens point d’Harrari.

Pour finir, en respectant l’incontournable structure ternaire que nous devons également aux indo-européens, j’ai choisi, dans l’immense héritage qu’ils nous ont laissé et dont nous n’avons pas toujours conscience dans notre vie quotidienne de citoyens et de travailleurs, un aspect qui semble connaître une certaine mode : l’art oratoire.

Chercher la vérité humaine universelle dans le sens des mots, chercher la sagesse joyeuse avec Socrate, Jésus ou Bouddha, c’est bien ; c’est même très bien. Mais comme on dit dans d’autres circonstances : « fais passer ! ».

Pour faire des copains de Jésus de bons apôtres (apostolos : le messager) qui délivrent l’évangile (eu angélion, la bonne nouvelle), les chrétiens ont inventé un traducteur automatique : le saint-esprit, c’est-à-dire, originellement, le souffle sacré ; en fait, le souffle de Dieu qui donne la vie au premier homme et qui inspire les croyants.

Sans entrer dans des débats inutiles et risqués sur l’origine des religions, retenons que la plupart s’accordent sur les conditions de la création du monde que je résumerai volontiers ainsi : le démiurge est celui qui sait penser et parler.

Donc, même si votre ambition se limite à convaincre vos clients, vos collaborateurs, vos enfants, votre inspecteur des impôts, vos électeurs, bref vos parties prenantes (sans commentaire), sachez penser et parler.

Il se trouve et c’est heureux que les concours d’éloquence se multiplient dans les écoles, les entreprises, les associations et même chez les militaires. Or, qui peut nous aider aujourd’hui comme ils l’ont fait, jadis et naguère, pour Robespierre, Hugo, Jaurès, de Gaulle, Churchill, Luther King, Kennedy, Obama (et tant d’autres) ? je réponds : Démosthène et Cicéron.

Car les antiques nous ont appris (et personne ne les a contredits depuis) que l’art oratoire est, en quelque sorte, la synthèse de l’orthographe et de la philosophie. Comme celles et ceux qui s’intéressent à l’éloquence le savent bien, le bon orateur connaît les techniques du bien parler, en particulier, le véritable sens des mots, leur pouvoir émotionnel et la façon de les appareiller dans de belles figures (sans en abuser) ; mais le grand orateur dont j’ai cité quelques exemples français et anglo-saxons sont celles (malheureusement rares) et ceux qui mettent leur cœur voire leurs tripes dans leurs discours dont, selon les circonstances, l’humour n’est pas absent.

Les sophistes ne sont pas morts et Donald TRUMP énormément. Raison de plus pour penser ce que l’on dit et dire ce que l’on pense.

En conclusion de cette tribune estivale et pourtant cat-holique, j’espère avoir convaincu quelques parents de donner à leurs enfants la même chance que celle dont j’ai bénéficié : apprendre, même un peu, la langue et la culture des Romains et des Grecs anciens. Non seulement, ils comprendront mieux l’homme, le monde et l’univers, mais encore, ils seront très à l’aise, en week-end à Rome ou à Athènes. What else ?

vendredi 25 octobre 2013

Éloge du cerveau lent

Assez maladroite à gauche ; plutôt gauche à droite.

Je n’en suis pas certain mais je trouve qu’Internet est aux relations humaines ce que la masturbation est au sexe ; un peu ce que la musculation est au sport (selon un personnage de Douglas KENNEDY…je n’en suis pas certain).

Au delà d’une accroche croustillante, vous aurez remarqué, dans le début de ce texte, une astuce neurolinguistique.

L’hémisphère droit du cerveau qui ne connaît pas la négation se focalise sur l’assertion.

Je l’ai lu quelque part : « Freud a remarqué, en son temps, cette “curiosité“ de l’hémisphère droit ; depuis c’est une certitude scientifique ».

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samedi 21 septembre 2013

La vente, c'est extra !

« Vous aimez les relations ? Communiquer ne vous pose aucun problème ? Le métier de la vente est peut-être faite pour vous ! »

Avec sa faute de français bien visible, cette accroche est en tête d’un article publié sur internet et intitulé « Devenir un excellent vendeur ».

Au delà des coquilles qui n’épargnent personne (car elles sont à la portée de toutes les bourses) et de l’inélégance du style bien naturelle à l’époque du texto (qui n’a rien à voir avec l’imparfait de SUM), ce conseil en orientation professionnelle permet de poser une question fondamentale : faut-il être intelligent pour être un bon vendeur ?

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samedi 2 mars 2013

Comment passer inaperçu sur le marché de l'emploi

Sur un marché de l’emploi où la demande et l’offre sont décalées, l’originalité excessive est désormais un risque ; mais, surtout, l’essentiel est invisible.

Tous les spécialistes des Ressources Humaines et, en particulier, du recrutement, seront d’accord : aujourd’hui, chacun doit être « acteur de son propre développement » et profiter du nouveau credo de la gestion des carrières : l’individualisation.

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jeudi 20 septembre 2012

Le bonheur est dans l'à-peu-près

Comme la plupart des internautes, je connaissais déjà la sérendipité, non seulement comme concept extrêmement séduisant, mais surtout comme réalité plusieurs fois vérifiée à titre personnel sur la toile.

Je viens de confirmer la force de la fortune et, comme aurait dit Jacques LACAN (1901 – 1981) : « Il y a de la thune dans la FORS FORTIS, fem. 3ème déclinaison».

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mardi 1 mai 2012

Système ; moi non plus !

Inspiré du billet publié sur le blog de FitSelling

"Ainsi, au lieu de ce grand nombre de préceptes dont la logique est composée, je crus que j'aurais assez des quatre suivants (…) :

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mercredi 21 mars 2012

Pour un référentiel universel (suite 1)

Ce billet fait suite à celui publié le 12 février 2012

(…) réduire de façon anticipée les écarts entre les besoins et les ressources humaines de l’entreprise, en termes d’effectifs et de compétences (…).

Cet extrait de la définition « historique » de la GPEC nous fournit trois indications essentielles sur l’aspect qualitatif (qui nous intéresse en priorité) de cette démarche centrale de tout développement RH :
1• la méthode est clairement définie : a.connaître les compétences actuelles des ressources humaines ; b.prévoir les compétences nécessaires pour atteindre des « objectifs à moyen terme bien identifiés » ; c.définir, mettre en œuvre et suivre des « plans d’action cohérents » pour permettre aux ressources humaines de l’entreprise d’acquérir, en temps utile, ces futures compétences nécessaires.
2• sans écarter la possibilité d’introduire dans l’entreprise de nouvelles ressources humaines possédant les futures compétences nécessaires, la GPEC se propose « d’impliquer les salariés (en place) dans le cadre d’un projet d’évolution professionnelle ».
3. s’agissant, d’une part, de connaître les compétences actuelles, d’autre part, de prévoir les futures compétences nécessaires, les auteurs (voir ci-dessous) laissent le champ libre à l’interprétation la plus riche en introduisant la notion de référentiel des emplois.

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mercredi 22 février 2012

Naître ou ne pas naître vendeur

En avril 2011, la querelle sans fin entre les défenseurs de l'inné et ceux de l'acquis a été exacerbée par des déclarations au plus haut niveau de l’État. Plus récemment, a été rendu public puis escamoté un dispositif d’évaluation des élèves « à risque » dès cinq ans.

Il faut dire que les spécialistes du projet « Génome Humain » avaient inutilement relancé le débat en promettant, non seulement, la guérison de toutes les maladies, mais aussi, la disparition des pathologies sociales comme la criminalité et même la pauvreté.

Les découvertes successives du projet en question ont cependant permis de relativiser cette ambition en montrant l’importance des facteurs systémiques.

Plus modestement (quoique…), tout recruteur, tout formateur, tout « évaluateur » en présence d’une instance de la population commerciale se pose, néanmoins, un jour la question : naît-on vendeur ?

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dimanche 12 février 2012

Un référentiel universel (introduction)

Au cœur de toute politique de développement des ressources humaines, la GPEC s’appuie, en particulier, sur un Référentiel des Emplois et des Compétences.

Il en existe plusieurs, surtout dans le secteur public où, peut-être, la pérennité des structures autorise à se projeter au delà du court terme des entreprises concurrentielles, à moins que ce ne soit, au contraire, en raison de l’impérieuse nécessité d’y anticiper le changement.

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dimanche 29 janvier 2012

L'ABC des RH

Recruteur, formateur, coach… tous les spécialistes des Ressources Humaines, qu’ils travaillent en entreprise ou en cabinet-conseil, ressentent, à un certain moment de leur carrière, la nécessité de se référer à une matrice, un modèle, un système qui leur permette d’appréhender la complexité des phénomènes dont ils s’occupent.

C’est également, pour eux, le moyen d’échapper à la « thèse générale et méchante » de Maurice de MONTMOLLIN, aux critiques qu’il formule dès les années 70 dans son ouvrage fondamental (Les psychopitres – une autocritique de la psychologie industrielle), raillant « la minuscule influence des discours des sciences humaines et sociales sur l’organisation du travail».

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dimanche 15 janvier 2012

SCIRE EST NESCIRE NISI ID ME SCIRE ALTUS SCIERIT

Commencer un texte par le pronom « je » est malséant ; entre autres principes, mes maîtres classiques m’ont enseigné celui-là et aussi celui-ci : la vraie vertu est la pudeur (au sens grec, bien sûr).

Publier, en temps réel, mon journal intime n’est donc par culturel pour moi ; encore moins naturel.

Il aura fallu quelques circonstances particulières pour que je m’y résolve, une sorte de conjonction, de coordination et de subordination ; le hasard et la nécessité, pour ainsi dire.

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