Plus de 20 ans nous séparent de la première publication des travaux de THIERRY et SAURET sur la GPPEC. Parmi les bouleversements qu’ont connus l’économie et le monde du travail au cours des deux dernières décennies, le principal est, sans doute, ce qu’on nomme la globalisation, c’est à dire l’obligation d’élargir notre champ de vision et d’adopter une approche systémique (Cf le billet « Système, moi non plus »).

Dans le domaine des emplois, cela signifie, essentiellement, qu’il convient de dépasser les approches sectorielles trop conjoncturelles.

D’une part, la réalité prend souvent à contrepied les prévisionnistes trop précis (CF le rapport publié en 2007 par le CAP et la DARES sur les métiers de 2015), d’autre part, certaines tendances structurelles sont inéluctables.

Ainsi, entre les deux recensements de 1999 et 2008 :
• la population active en France est passée, environ, de 23 à 26 millions, soit une progression de 14,7% qui bénéficie, plus ou moins, à toutes les catégories socio-professionnelles sauf à celle des Agriculteurs qui reculent de 17%.
• la quasi totalité des catégories ont vu leur poids relatif diminuer (surtout les agriculteurs, pour près de 28%, mais aussi les ouvriers, pour plus de 11%) à l’exception des professions intermédiaires (+7,7%) et, principalement (+21,3%) des « cadres et professions intellectuelles supérieures ».

S’agissant des grands secteurs d’activité, la progression des effectifs (globalement 14,7%) profite au secteur de la Construction (+36% dans l’absolu et +18% en poids relatif qui reste modeste avec environ 7% de la population active) mais surtout à celui du Commerce : avec une croissance de ses effectifs de 167% en 10 ans, ce secteur voit sa part relative passer de 13 à 31% de la population active (soit un bond de 133%). L’Industrie (-11%), le Tertiaire non marchand (-12%) et l’Agriculture (-17%) voient leurs effectifs sensiblement régresser et, par conséquent, leur part relative : ainsi l’Agriculture ne représentait plus, en 2008, que 3% de quelque 26 millions d’actifs.

Cette tendance ne fait que s’accentuer au point qu’elle s’invite dans les thèmes de la campagne pour l’élection présidentielle de cette année 2012.

Pour ce qui nous concerne, cette transformation continue des emplois ne fait que renforcer la nécessité ou l’intérêt de disposer d’une grille de lecture des métiers qui résiste le mieux possible à l’obsolescence. La solution se trouve, vraisemblablement, dans l’utilisation d’un « méta-modèle ».

La Nomenclature des Professions et Catégories Socioprofessionnelles des Emplois Salariés d’Entreprise (PCS – ESE) élaborée par l’INSEE et dont la version la plus récente date de 2003, fournissait une liste exhaustive des métiers.

Pour mémoire, les PCS avaient remplacé les CSP dès 1982 même si ces dernières gardent la faveur de Monsieur Tout-le-monde (qui n’est pas statisticien mais a entendu parlé des « CSP+ »). Les 860 PCS sont regroupées dans 24 sous-catégories puis dans 8 grandes catégories (dont les retraités et les autres personnes sans activité professionnelle).

Les Familles Professionnelles (FAP), quant à elles, avaient été créées en 1993 en rapprochant les jeunes PCS du ROME, le Référentiel Opérationnel des Métiers et des Emplois mis au point par l’ANPE. L’évolution des PCS en 2003 entraîna celle des FAP. Puis elles furent actualisées en 2009, lors de la création du Pôle Emploi et la mise à jour du ROME.

Les FAP 2009 sont au nombre de 87, subdivisées en 225 familles professionnelles détaillées. Les FAP sont elles-mêmes regroupées dans 22 domaines professionnels (pour les désigner, on utilise toutes les lettres de l’alphabet sauf le I, le O, le Y et le Z). Au niveau élémentaire, les FAP comptent 531 emplois-métiers.

Cette nomenclature est très utile pour constituer un référentiel des emplois mais, pour atteindre l’universalité, elle doit être recomposée car son objectif légitime n’est pas le développement des ressources humaines mais le recueil et le traitement de données à des fins statistiques (accessoirement, la résorption du chômage).

Elle respecte donc une classification qui la conduit à identifier des emplois dont la spécificité est due à un secteur d’activité (agriculture, secteur public…), à un régime social (artisan, profession libérale…) ou un statut conventionnel (cadre supérieur, ouvrier…).

Un référentiel universel des emplois (par définition, « d’obédience » systémique) doit s’affranchir de ces particularismes, de même qu’il doit « transcender » les intitulés de postes.

La démarche la plus efficace pour construire notre méta-modèle nous est fournie par la modélisation par les processus (Business Process Modeling, cousin germain du Business Process Management plus fréquemment associé au sigle BPM).

Cette lecture des activités d’une organisation et des métiers qui en découlent, garantit à la fois, l’exhaustivité et la normalisation.

Elle est mise en œuvre en suivant une méthode, telle que BPML, BPMN, EPK, OSSAD, Praxeme, XPDL…

Plusieurs motifs (ses origines, son actualité, son ouverture multiple…) conduisent à privilégier Praxeme, au moins dans l’esprit, en particulier pour sa proximité avec une approche « système d’information ».

Au niveau des outils, sans faire de publicité déplacée, on pourra recommander les solutions de la société Bonitasoft qui présentent au moins l’atout de se réclamer de l’univers sympathique de l’Open Source.

Le méta-modèle de référentiel des emplois que nous proposons se présente sous la forme d’une matrice comportant,
• en colonne, neuf processus élémentaires regroupés en trois méta-process,
• en ligne, six couches « systémiques » regroupées en deux niveaux.

à suivre